Adaptation de la limitation de vitesse : une aberration ?

Tout le monde a sa propre opinion sur la vitesse à laquelle nous pouvons rouler sur les autoroutes. Si certains rêvent d'une Autobahn allemande pour filer au travail, d'autres sont nettement moins enthousiastes quant à une augmentation de la vitesse autorisée. Qui a raison ? Impossible d'apporter une réponse simple à cette question. De nombreux paramètres entrent en jeu : l'objectif, le lieu et la communication de cette mesure jouent ici un rôle déterminant. Nos voisins du nord, qui permettent depuis 2012 de faire du 130 km/h sur un nombre croissant d'autoroutes, en ont fait l'expérience. Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Par Mark Keppens, expert en mobilité chez Arcadis

Qu'avons-nous à gagner à router plus vite ?

Il va de soi que c'est la première question qu'il convient de se poser, lorsqu'on envisage de modifier l'actuel régime de vitesse. Il est normal de supposer qu'en roulant à 130 kilomètres par heure, on arrivera plus vite à destination qu'en faisant du 120. Mais est-ce aussi la réalité ?

En 2011, les mesures effectuées par Arcadis dans le cadre d'une expérience menée sur certaines autoroutes aux Pays-Bas et autorisant les automobilistes à rouler à 130 km/h, a montré que la vitesse avait augmenté de 2 à 3 km sur l’ensemble des axes routiers du pays.

Dans la pratique, les automobilistes gagnaient entre 10 et 60 secondes sur la totalité de leur trajet (la longueur moyenne des tracés examinés était d'environ 50 kilomètres). Peu de gain de temps donc.

Mais l’objectif de rouler plus vite n’est peut-être pas de gagner du temps mais de tout simplement prendre du plaisir à conduire vite.

Une enquête a révélé - sans surprise - que la nouvelle limite de vitesse fixée à 130 km/h était perçue de manière très positive par la majorité des conducteurs. Arcadis a également pu constater que moins de personnes se rendaient coupables d'excès de vitesse : le nombre de contrevenants avait diminué de 15 à 20 % par rapport à la limitation de vitesse à 120 km/h. À l'inverse, on peut aisément s'imaginer qu'un abaissement de la vitesse maximale est susceptible de mécontenter un certain nombre d’automobiliste et donc d’augmenter le nombre d'infractions.

Mais qu'en est-il de la sécurité ?

Est-il possible de rouler en toute sécurité à 130 km/h sur nos routes ? Plus on roule vite, plus on a besoin d'espace pour doubler ou prendre un virage. En 2011, Arcadis a étudié les adaptations qui seraient nécessaires si la limitation de vitesse passait de 120 à 130 km/h.

L'estimation du coût global pour le réseau autoroutier néerlandais s'élèverait à plus de 200 millions d'euros, dont plusieurs dizaines de millions uniquement pour la prolongation des voies d'entrée et de sortie. Le ministre compétent a pour l’instant, décidé de ne pas introduire "le 130 km/h" sur tout le territoire néerlandais. Cette mesure a permis de réduire considérablement les frais.

Cela fait déjà quatre ans que cette nouvelle réglementation est entrée en vigueur. Le quotidien néerlandais Volkskrant a récemment découvert que les accidents de la route étaient plus souvent mortels à 130 km/h (10,4 % vs 7,5% à 120 km/h). Le ministre néerlandais de l'Infrastructure est toutefois d'avis que cette augmentation est également due à d'autres causes. L'utilisation de smartphones au volant en fait partie. D’ailleurs, le nombre d'accidents mortels sur les routes où l'on peut rouler à 50 ou 80 km/h a également augmenté aux Pays-Bas.

La théorie qui veut que cela soit un effet secondaire de la limitation de vitesse à 130 km/h sur les autoroutes fait actuellement l'objet d'une étude. Il est encore impossible de déterminer avec précision à quoi sont dues ces deux augmentations.

Quelles sont les conséquences pour l'environnement et la nature ?

Imaginez l’impact sur un jardin longeant une autoroute où du jour au lendemain, la limitation de vitesse est relevée. Devons-nous nous interroger sur la qualité de l'air et les nuisances sonores qui cette augmentation produit ? Oui, précise le rapport d'Arcadis de 2011 ; la pollution augmente. Cependant les impacts sont toutefois assez limités et peuvent être compensées par une limitation de la vitesse qui évoluerait en fonction de la journée.

Il va de soi que cette compensation est relative ; pour la pollution de l'air, le fait de rouler plus lentement pendant la journée peut compenser l’impact de l’augmentation de la vitesse à 130 km/h autorisée la nuit. Mais qu’en est-il des nuisances sonores ? Finalement, le bruit est toujours du bruit. Le fait qu'il y en ait moins à un moment donné ne diminue en rien la nuisance du bruit supplémentaire à un autre moment.

 

Comment communiquer clairement la vitesse autorisée ?

Pour conclure : en tant que pouvoir public, on ne peut parler du succès d'une nouvelle réglementation que lorsque les citoyens l'ont clairement bien comprise. Et les Belges qui se rendent de temps à autre en voiture dans le nord le confirmeront : aux Pays-Bas, difficile de savoir à quelle vitesse vous pouvez rouler. Il n'est pas rare de devoir tenir compte de trois vitesses différentes sur un tronçon d'autoroute de 25 kilomètres. À certains endroits, il y a aussi des panneaux électroniques qui réduisent la vitesse autorisée en cas de trafic soutenu.

Ces différentes vitesses sont liées à l'environnement : il a donc été décidé de ne pas passer la vitesse maximale à 130 km/h dans les zones de trafic dense ou dites "sensibles" (zones résidentielles, zones naturelles). La nouvelle réglementation a été déployée progressivement. En 2012, on pouvait rouler à 130 km/h sur 46 % des autoroutes, aujourd’hui, nous sommes passés à 60%.

Cette segmentation n'est cependant pas une bonne chose. Les experts parlent d'un "patchwork" de régimes de vitesse qui embrouille les usagers de la route. Cela nuit à l'expérience et finalement à la sûreté de la conduite. Nous devons donc en premier lieu déterminer une vitesse maximale qui peut être appliquée sur le plus grand nombre d'autoroutes possible. Lorsque ce n'est pas possible, la mise en place d'une signalisation claire s'impose.

Aller vite là où c'est possible et lentement lorsque cela est nécessaire

En conclusion, le relèvement de la vitesse maximale sur les autoroutes n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut que cela soit utile, que cela ait lieu d'une façon sûre et que la signalisation soit claire. Il faut de surcroît tenir compte de l'environnement.

Mark Keppens, est docteur en sciences de la circulation et expert en mobilité auprès du bureau d'études Arcadis. Arcadis a émis un avis en 2011 sur le projet de relèvement de la limite de vitesse maximale aux Pays-Bas.